À dix-huit kilomètres au sud de Saranda, une presqu’île s’avance dans les eaux calmes du lac de Butrint. Vue d’en haut, elle ressemble à une feuille de nénuphar posée sur le bleu de la lagune. C’est ici, au fond du canal de Vivari, que se cache l’un des sites les plus saisissants des Balkans : le parc national de Butrint, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1992. Un endroit où les pierres racontent des millénaires et où la nature reprend ses droits entre chaque colonne.
Un parc entre deux mondes
Créé en mars 2000, le parc s’étend sur plus de 9 400 hectares. Il couvre des plaines, des roselières, des forêts denses et des marais salants nés de mouvements tectoniques anciens. Les premières traces de présence humaine ici remontent à 50 000 ans avant notre ère, et la ville antique de Buthrotum a connu une occupation quasi ininterrompue entre 800 av. J.-C. et le XIXe siècle.
La faune est à la hauteur du décor. On croise au détour d’un sentier :
- des renards roux, des loutres et des chacals dans les sous-bois
- des tortues marines (Luth et Caouanne) et, plus rarement, le phoque moine méditerranéen au large
- des aigles royaux et des grands cormorans, dans un site reconnu par BirdLife International
Neuf cents espèces végétales prospèrent dans cet écrin, offrant aux amateurs de botanique une palette rare pour la région méditerranéenne.
Le site archéologique, cœur battant de Butrint

La presqu’île se parcourt en deux heures environ sur des sentiers ombragés. Pas de restauration sur place : pensez à emporter de l’eau. Chaque civilisation qui s’est installée ici a conservé ce que la précédente avait édifié : c’est ce qui rend Butrint unique. Les strates se lisent dans les matériaux eux-mêmes : gros blocs de calcaire taillé pour les Grecs, briques rouges pour les Romains.
Le théâtre antique et le baptistère
Le théâtre est la pièce maîtresse du site. Édifié au IVe siècle av. J.-C. par les Grecs, remis en état par les Romains, il accueillait 2 500 spectateurs. Chaque juillet, un festival international de théâtre y fait résonner des pièces antiques en version originale. À quelques pas, les thermes romains dissimulent sous du sable et des grillages des mosaïques géométriques qui méritent qu’on s’y attarde.
Le baptistère du VIe siècle est une autre surprise. Sa cuve baptismale circulaire est entourée d’une double colonnade, et son pavement en mosaïque représente des paons affrontés, des cerfs et des lièvres dans des médaillons d’une finesse rare. Pour protéger l’ensemble des intempéries, il reste recouvert de sable la majeure partie de l’année — sauf quelques semaines, quand on peut enfin l’admirer en entier.
La porte du Lion et le musée du château
En longeant les remparts hellénistiques vers la colline, on passe la porte du Lion, barrée d’un bas-relief vieux de 2 600 ans représentant un lion terrassant un taureau. C’est l’un des éléments les plus anciens du site, réemployé au Moyen Âge pour freiner d’éventuels assaillants. Au sommet de la colline, un fort byzantin du XIIIe siècle abrite aujourd’hui le musée archéologique, entièrement réaménagé en 2005. Les collections s’y déploient par ordre chronologique, des statuettes grecques aux monnaies romaines. La vue depuis la tour, par temps clair, embrasse toute la lagune jusqu’à Corfou.
Le lac, le bac et le château d’Ali Pacha
Juste devant l’entrée du site archéologique, un bac à traille traverse le canal de Vivari. De l’autre côté, la lagune s’ouvre sur seize kilomètres d’eau salée classée site Ramsar pour son rôle de frayère essentielle : moules, poissons, crustacés y prolifèrent. Les pêcheurs locaux proposent des excursions en bateau sur le lac : certaines incluent une dégustation de moules fraîches élevées sur place.
Au coucher du soleil, la traversée vers le château d’Ali Pacha est l’un de ces moments dont on se souvient longtemps. Le fort triangulaire se découpe dans la lumière orangée, et les bunkers de l’ère communiste se fondent dans la végétation sauvage le long de la rive.
Le château, construit par les Vénitiens aux XVe-XVIe siècles, détruit par les Français et reconstruit par Ali de Tepelen au début du XIXe, se visite en bateau depuis le site (comptez environ 30 minutes et 2 500 lekë). Un détour qui vaut vraiment l’effort.
Ce qu’il faut savoir avant de partir
Quelques repères pratiques pour organiser votre visite sereinement :
- Entrée : entre 700 et 1 000 lekë par personne (environ 6 à 8,50 €) ; Butrint est souvent cité comme l’attraction la plus chère d’Albanie
- Durée : compter deux heures pour le tour de la presqu’île, une demi-journée pour explorer l’ensemble du site à votre rythme
- Bus depuis Saranda : 100 lekë, départ toutes les heures de 6h30 à 17h10 via Ksamil
- En voiture : suivre la route nationale SH81 ; parking à l’entrée, accès facile
- À emporter : de l’eau et de quoi grignoter, car il n’y a aucun point de restauration sur la presqu’île
- Meilleur moment : tôt le matin, quand les chants d’oiseaux couvrent encore le bruit des premiers visiteurs et que la lumière rase les pierres dorées du théâtre





